Chiffres de la croissance au 2ème trimestre 2022
Décryptage & Promesses…
Les chiffres de la croissance du PIB au 2ème trimestre 2022 annoncés par l’INS ne sont pas décevants, ne déchantent pas et confirment la résilience de l’économie Tunisienne dans un contexte particulièrement adverse. En glissement annuel (comparativement au 2ème trimestre 2021) ; le PIB a enregistré une croissance de 2.8%, consolidant ainsi la performance enregistrée durant le 1er Trimestre (2.4%).
Notre voisin, le Maroc, dont l’économie présente des similitudes structurelles avec la nôtre, a vu son PIB croître de 2% durant ce deuxième trimestre (après une faible évolution de 0.3% uniquement durant le 1er trimestre).
Mais l’analyse de la croissance, pour qu’elle soit objective, pragmatique et alerte, doit aussi tirer les enseignements ressortant du taux de croissance en glissement trimestriel (comparativement au trimestre précédent), et le tableau à ce niveau est moins reluisant : en effet, le taux d’évolution trimestriel (2ème trimestre par rapport au 1er trimestre 2022) a été négatif (-1%) ce qui reflète un grippage de la dynamique de croissance intra-annuelle.
Néanmoins, la croissance mondiale en glissement trimestriel a été aussi mitigée à l’échelle internationale. Certaines économies majeures ont accusé un recul au niveau du PIB du 2ème trimestre : la Chine (-2.6%), les Etats-Unis (-0.1%), le Royaume Uni (-0.1%) et l’Afrique du Sud (-0.7%), alors que d’autres ont affiché un faible taux de croissance en glissement trimestriel à l’instar de l’Allemagne (+0.1%). Par ailleurs, la Turquie, la France, l’Italie et la Corée du Sud ont enregistré une croissance plus forte que le trimestre précédent.
Evidemment, les pressions inflationnistes et l’impact disruptif de la guerre russoukrainienne sur le « supply chain » ont été déterminants dans le ralentissement des principaux moteurs de croissance.
Quid des perspectives de croissance de l’économie tunisienne d’ici la fin de l’année 2022 ?
La Banque Mondiale, dans son dernier bulletin de conjoncture consacré à la Tunisie et intitulé « Gérer la crise en temps d’incertitudes », considère que « l’économie Tunisienne pourra réaliser une croissance annuelle de 2.7% en 2022 et cela permettrait au PIB d’atteindre 96.8% du niveau de 2019. Toutefois, si la tendance de reprise préguerre se poursuit, l’économie pourra réaliser un taux de croissance de 3.1% ». La Banque Mondiale considère que le dernier scenario est moins probable dans la mesure où l’effet rebond du 2ème semestre de 2021 risque de s’estomper en raison des conséquences de la guerre notamment les tensions inflationnistes et leurs impacts sur la demande intérieure et extérieure.
Mais l’économie Tunisienne pourrait tirer son épingle du jeu et faire face à ces vents contraires en faisant preuve d’agilité pour saisir les opportunités qui se présentent compte tenu du changement de paradigme portant notamment sur le « supply chain ». En effet, amorcé en post-Covid 19, ce changement de paradigme s’est consolidé avec le déclenchement et la poursuite de la guerre russo-ukrainienne : sécuriser la chaine d’approvisionnement en privilégiant la proximité au détriment des faibles coûts. En d’autres termes, ce qui se passe aujourd’hui remet fondamentalement en question le positionnement de l’Europe de l’Est en tant qu’usine de l’Europe. Il s’agit là d’une grande opportunité pour le site Tunisie qui deviendrait une destination pour les IDE européens offrant sécurité mais aussi expertise et coûts compétitifs dans plusieurs secteurs à l’instar du textile, les composants automobiles et l’industrie pharmaceutique.
Le monde vit un moment critique et les temps sont certes difficiles ; néanmoins l’économie Tunisienne continue de faire preuve d’une résilience remarquable qui interpelle et donne des motifs d’espoir pour continuer d’y croire fortement nonobstant les contraintes de la conjoncture mondiale.
« Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté… » Winston Churchill
Oualid JAAFAR
Chief Economist BIAT